Plongée aux îles Similan, en Thaïlande

Par Pandou Media

Si les plages de Thaïlande ont connu un véritable succès grâce à Leonardo DiCaprio (dans le film La Plage), elles attirent depuis longtemps les fans de plongée. 

La première chose : retirer vos chaussures. Touristes, locaux, accompagnateurs, tout le monde y passe. Dans un grand panier en plastique épais, tongues et autres claquettes s’empilent alors que leurs propriétaires intègrent un speed boat au nez pointu, parés de gilets de sauvetage fluorescents.

 

Au cœur des îles Similan, en Thaïlande. 

 

Khao Lak se trouve au bord de la mer d’Andaman, mordant l’océan Indien, au sud de la Thaïlande. Presque intégralement détruite par le tsunami de 2004, cette zone balnéaire a vite été reconstruite et accueille désormais un mémorial ainsi qu’un musée dédiés à la catastrophe. Les centres de plongée y sont légion et laissent parfois aussi la place à des hôtels de standing dédiés aux touristes étrangers.

Le speed boat s’arrête près de Koh Bon et s’amarre à un autre bateau, un peu plus gros, mieux équipé, déjà habité. Répartis sur deux étages, quelques cabines, la cuisine, les toilettes — faisant également office de cabines de douches — et un espace pour s’équiper se trouvent en bas ; des tables et banquettes façon open space et quatre autres cabines, sans compter celle du capitaine, sont au premier. Haut dessus : un solarium où l’on enjambe les aérations de moteurs sur un sol brûlant, qui devient vite la hantise des peaux claires rougies par le soleil. L’équipe qui épaule le capitaine est nombreuse. Deux femmes s’occupent de la cuisine et quatre « boat boys » aident à la navigation, à l’entretien du bateau, gardent un œil sur les équipements et font le plein d’air pour les bouteilles de plongée...

 

À Koh Bon North, les roches s’enfoncent dans le sable et dessinent des parois sous-marines recouvertes de tables en dentelle.

 

Le grand saut
Justement, la première plongée arrive. Il est dix heures quinze et les récifs de Koh Bon vont nous révéler leur beauté. L’eau y est bleu turquoise, exactement comme sur toutes les brochures et les sites de voyage. Koh Bon se situe au nord du Parc National des îles Similan, sans en faire partie. Composée de calcaire, l’île est inhabitée et inaccessible, isolée au milieu de la mer d’Andaman.

L’équipe sonne la cloche, tout le monde doit partir à l’eau. Plongeurs aguerris et néodiplômés s’équipent. Combinaison, gilet, bouteille, palmes, masque, tuba. Tout le monde est prêt pour le grand saut. À cette époque de l’année, l’eau frôle les trente degrés, enfin un peu de fraîcheur alors que l’air extérieur atteint facilement sept à huit degrés de plus.

 

En plongée aux îles Similan, en Thaïlande. 

 

 

Sous la surface, les plongées vont se succéder mais ne jamais se ressembler durant cette croisière de trois jours et de deux nuits comptabilisant dix excursions sous-marines en tout.

Entre chaque mise à l’eau, un déjeuner en buffet, un goûter et même un petit déjeuner : récompense bien méritée pour les explorateurs matinaux, déjà dans l’eau à sept heures du matin. Les trois premières plongées du jour 1 ressemblent à la première page d’un livre. Les attentes vont-elles êtres remplies ? Tout semble nouveau. Va-t-on se lasser rapidement ?

Chaque rencontre est différente. À Koh Bon North, les roches s’enfoncent dans le sable et dessinent des parois sous-marines recouvertes de tables en dentelle. Les poissons napoléons au front proéminent et les perroquets aux reflets bleus et violets se laissent approcher. Les premiers semblent impassibles et les seconds s’amusent entre les plongeurs, zigzaguent dans les coraux et poursuivent les plus petits.

 

En plongée aux îles Similan, en Thaïlande. 

 

De nouvelles sensations
Au soleil couchant, pour la plongée de dix-sept heures, les couleurs au raz de l’eau se modifient. À Waterfall Bay, près de Similan 8, ce jour-là, la vue est pleinement dégagée. De chaudes lueurs font briller les poissons à la surface tandis que le fond devient de plus en plus sombre.

 

De retour sur le bateau, les plongeurs brisent la glace pour s’échanger leurs premières impressions tandis que le soleil diffuse ses derniers rayons.

 

De retour sur le bateau, les plongeurs brisent la glace pour s’échanger leurs premières impressions tandis que le soleil diffuse ses derniers rayons. Le paysage se pare de rose et d’oranger, les bateaux se regroupent, entre embarcations dédiées à l’exploration sous-marine et yachts visiblement plus confortables. À bord, les boat boys s’affairent à installer le buffet du soir (riz blanc, légumes sautés, poulet frit, poulet au lait de coco...), alors que les canettes de bière thaïlandaise laissent échapper leur premier « pshiit » de la journée — la consommation d’alcool est interdite sur le bateau entre les plongées.

 

En plongée aux îles Similan, en Thaïlande. 

 

Dans le noir complet, un horizon de petites lumières brille. Il est à peine neuf heures et tout le monde part rêver de ce qui l’attend demain.

Jour 2. Sept heures. Les premiers rayons du soleil ont percé les minces rideaux de la cabine. Un café et à l’eau. La première plongée de la journée, à Barracuda Point, Similan 5/6, nous promet de nouvelles rencontres. La raie pastenague, d’abord fondue dans le sol sableux, s’envole et disparaît de notre vue en quelques secondes. Napoléon, carangues et barracudas sont eux aussi de la partie pour cette exploration d’une heure. De retour à bord, un petit déjeuner copieux est servi, tandis que de nouveaux plongeurs sont déposés par le speed boat. Les règles du bateau sont rappelées : « Si vous prenez une boisson dans le frigo, mettez votre nom sur le tableau. Quand la cloche sonne, tout le monde part à l’eau ».

Frissons nocturnes
Deux autres plongées nous séparent de l’exploration nocturne, dont une où le courant sous-marin nous rappelle pourquoi les plongeurs novices sont habituellement tenus à l’écart de ces sites. Lorsque vient la plongée de nuit à Honeymoon Bay, Similan 4, certains tremblent d’excitation, d’autres d’appréhension. Le dive master distribue les lampes sous-marines, rappelle les dernières consignes. « Restez groupés. Ne pointez pas votre lampe dans les yeux d’autres plongeurs. Essayez de regarder dans les petits trous. Si vous perdez votre binôme, ne restez pas plus d’une minute à le chercher sous l’eau. »

Le pas de géant — saut dans l’eau, à la verticale, depuis l’arrière du bateau — n’a jamais été aussi impressionnant bien que les lumières de l’engin éclairent le fond. Crevettes, murènes, serpent de mer, poisson lion, étoiles et coussins de mer ne semblent pas effrayés par les lumières. Les carangues s’en servent même pour repérer leurs proies et foncent dessus à la moindre occasion alors que la plupart des poissons se cachent dans les roches et les coraux. Quarante minutes sous l’eau suffisent pour avoir envie de recommencer très vite.

 

En plongée aux îles Similan, en Thaïlande. 

 

La rencontre inespérée
Le troisième jour commence toujours aussi tôt. Cette fois-ci, la plongée profonde (jusqu’à trente mètres) nous attend. Une descente tranquille, des fonds bleus, l’immensité. Quand soudain, lors de la remontée : une immense queue de cétacé s’échappe au loin. Trop tard. Rien ne sert de poursuivre l’animal, il sera toujours plus rapide... Deuxième surprise : il fait demi-tour, nous contourne, passe à quelques mètres, comme pour nous saluer. Cette baleine de Minke est très rare ici. Les sites d’agences promettent des requins, des raies Manta, des requins baleines, mais pas celle-ci. La rencontre scotche le dive master et tous les passagers du bateau, habitués compris. « Lucky ! Lucky ! »*, répète-t-on sur notre passage.

Les requins et les raies seront aux rendez-vous de la deuxième plongée. Toujours à quelques mètres, un requin pointe blanche reste immobile, au raz du sol. Il partira au bout de quelques minutes, certainement effrayé ou dérangé par la présence des quatre plongeurs qui ne le lâchent pas du regard. Tout de suite après, deux immenses raies commencent un ballet autour de ces créatures venues de la surface. Elles semblent s’envoler, tourner comme des danseuses autour de leurs visiteurs. Plus loin, une murène ruban bleue et jaune se laisse flotter dans le courant. Ses couleurs explosives tranchent avec le manque d’éclat sous-marin.

Une dernière immersion nous sépare du retour sur terre ferme. Déjà dix explorations au compteur. Le speed boat nous ramène au port. L’équipage du bateau se crée une sorte de tapis en gilets de sauvetage pour improviser une sieste d’un peu moins de quarante minutes. Le grand panier de chaussures nous attend. La vie terrestre reprend.

Article initialement publié dans le magazine Koï, numéro 11, mai-juin 2019.


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