Hoa Nam : la renaissance d’une entreprise franco-asiatique

success story

On connaît son traiteur et ses paquets de 50 nems, moins son histoire et sa résurrection. Pourtant, en 2010, l’entreprise Hoa Nam spécialisée en agroalimentaire asiatique bat de l’aile. Si ses débuts ont été un succès, avec la création de plusieurs ateliers à Paris et en proche banlieue, des problèmes internes viennent bouleverser son équilibre.

À la fin des années 1970, Heang-Korng Chieu, Chinois du Cambodge, passe par le Vietnam et les camps de réfugiés en Thaïlande avant d’arriver au Mans, grâce à la Croix-Rouge. Il sera suivi par son frère Try qu’il rejoint à Paris afin d’ouvrir ensemble un petit traiteur où mère, sœurs et épouse s’occupent de la cuisine. De ce désir de travailler en famille naîtra en 1981 leur premier atelier dans le 13e arrondissement de la capitale. « Ils avaient 100m2, tout le monde était polyvalent. Tout était fait à la main, dans leur petite friteuse », se souvient Philippe Chieu, le fils de Heang-Korng Chieu et actuel dirigeant de la société. « Dès 1981, ils vendaient leurs produits à des restaurants de quartiers ou dans les épiceries asiatiques. » Lui est né en 1983 et a grandi ici : « Après l’école, j’allais à l’atelier et j’attendais que mes parents finissent de travailler ».

En 1988, un deuxième atelier, un peu plus grand, voit le jour. Les nems et pâtés vietnamiens sont désormais accompagnés de dim sum (bouchées et raviolis vapeur). Les machines arrivent, l’atelier se transforme et une usine est installée à Ivry-sur-Seine en 1995. Kumar, employé depuis 1985, se rappelle : « Au début, j’étais ouvrier polyvalent. Je préparais la viande hachée, les plats, je m’occupais aussi des machines. C’était un peu dur, tout était manuel ».

Si l’entreprise fonctionne bien et reste une référence auprès des communautés asiatiques franciliennes, des divergences internes l’affaiblissent. Heang-Korng Chieu demande alors à son fils Philippe, installé aux États-Unis et travaillant dans la finance, de revenir les aider.

Force et pugnacité

« Au collège, je donnais déjà un coup de main sur la vente, la comptabilité, mais ma famille ne m’a jamais mis de pression pour travailler avec elle. J’ai vu mes frères et sœurs rentrer dans l’entreprise petit à petit et moi j’ai poursuivi mes études aux États-Unis », raconte Philippe Chieu. De là-bas, il gardait un œil sur la société et pouvait donner son avis lorsqu’on le sollicitait. « Et c’est là que ça s’est corsé. Hoa Nam était en train de perdre ses clients. Mon père m’a demandé de revenir. » À 26 ans, Philippe Chieu doit donner un nouvel élan à l’entreprise. Il passe des Noëls à l’usine, teste tous les postes, apprend les rôles de chacun. Le petit dernier de la fratrie doit à la fois remettre l’entreprise d’aplomb et satisfaire tous les membres de sa famille qui y travaillent. Une tâche à lourde responsabilité.

Sa femme, rencontrée aux États-Unis, voit l’influence de son expérience à l’étranger. Il applique le test and learn (essayer et apprendre). « Il écoute, regarde, voit des opportunités partout. C’est très américain. » Kumar constate également des changements radicaux s’appliquer et porter leurs fruits : « Philippe est arrivé avec la nouvelle technologie. Il a changé toutes les machines, on perd moins de temps avec les problèmes du vieux matériel. Maintenant c’est trop facile, tout est automatique ! »

« Grâce au made in France, j’ai pu exporter nos produits puis sensibiliser le marché national. »

« On a eu de la chance d’être suivi par les banques dans ces moments délicats, explique le dirigeant. J’ai voulu conquérir l’Europe. Je suis parti en Allemagne, en Italie, vers des marchés vierges de produits asiatiques made in France. Grâce à ça, j’ai pu exporter nos produits puis sensibiliser le marché national. À chaque problème, on s’améliorait ». Lorsqu’on lui conseille de se séparer de 18 salariés, Philippe Chieu refuse. Il trouve d’autres ressources et se tourne vers la grande distribution.  En 5 ans, il rétablit les comptes, retrouve la confiance des salariés et modernise l’image de Hoa Nam. « J’étais jeune. Si je devais le refaire aujourd’hui, je n’en serais plus capable » avance-t-il modestement.

Aujourd’hui, pour se faire plaisir, il lance même des collaborations dont il a toujours rêvé, comme celle avec le chef étoilé Takuya Watanabe qui a réalisé pour Hoa Nam une gamme de bouchées vapeur premium « Taku collection by Hoa Nam ». Kumar lui aussi a trouvé son bonheur. Il est désormais responsable de production des ateliers. À 58 ans, il compte bien finir sa carrière à Hoa Nam, entouré de sa deuxième famille.

 

 

 


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