La solidarité franco-chinoise au temps du coronavirus

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De la France à la Chine d’abord, puis de la Chine à la France, le virus respiratoire apparu en décembre à Wuhan a éveillé un esprit d’entraide entre les deux pays. Au cours du mois de février, l’Hexagone a effectué plusieurs envois de matériel médical à destination des hôpitaux chinois – un geste que la Chine lui rend bien aujourd’hui. Retour sur une mobilisation exceptionnelle.
[Texte : Sophie Kloetzli]

Depuis quelques jours, les dons de masques, combinaisons et autres fournitures médicales en provenance de la Chine se multiplient dans une Europe en crise, devenue l’épicentre du Covid-19. Après avoir fait parvenir, le 12 mars, plus de 30 tonnes d'équipements à l’Italie, l’empire du Milieu vole désormais au secours de la France, où le personnel soignant se dit mal équipé pour faire face à la propagation de la maladie. Le 18 mars, un avion en provenance de la Chine s’est posé à Paris, avec à son bord un million de masques, ainsi que des combinaisons et des gants.  Et un message de soutien agrafé sur les caisses : « Unis, nous vaincrons ». Un second appareil a atterri le lendemain avec un nouveau lot de matériel.

Le fondateur du géant chinois Alibaba, Jack Ma a quant à lui promis deux millions de masques à l’Europe, dont une partie est déjà arrivée vendredi dernier à Liège (Belgique) avant d’être répartie sur le continent. L’association des Alumni de l’Université de Wuhan en France et EDAM Paris (une école privée de formation supérieure et une école de Français Langue Étrangère) ont également envoyé 16 000 masques de protection au SAMU de Paris.

#PrayForWuhan

Les Chinois nont pas oublié l’élan de solidarité qui a mobilisé la France quelques semaines plus tôt, du milieu associatif aux plus hautes sphères de l’État. 

Mi-février, alors que la France est relativement épargnée par le Covid-19, la maladie est encore fortement associée à la Chine, nourrissant sur le sol français à la fois une recrudescence du sentiment anti-chinois, le fantasme du « péril jaune » et plus largement un racisme anti-asiatique, mais aussi un mouvement de solidarité très fort.

« La situation à Wuhan était devenue incontrôlable. Le pays manquait de matériel médical. »

Des hashtags (#PrayForWuhan, #StayStrongWuhan…) aux maillots du Paris Saint-Germain affichant « Stay strong China », les messages de soutien se sont multipliés. Les actions aussi : lorsque Wuhan est placé en quarantaine le 23 janvier, les appels aux dons essaiment, portés notamment par les associations chinoises de l’Hexagone.

« La situation à Wuhan était devenue incontrôlable. Le pays manquait de matériel médical. Les membres de l’association se sont alors très vite mobilisés, raconte Xu Dayu, président de l’Amicale des anciens légionnaires d’origine chinoise en France (AALOCF). Les associations de la première génération d’immigrés se sont occupées de l’envoi des colis, parce qu’elles sont plus souvent en contact direct avec la Chine. La deuxième génération, elle, s’est surtout mobilisée sur les réseaux sociaux, pour dénoncer le racisme qui vise la communauté asiatique. »

Mobilisation éclair

En une semaine, l’AALOCF récolte 30 000 euros auprès de ses membres et achète plus de 3 000 combinaisons de protection. « C’était la guerre pour trouver les produits car les stocks sont vite partis et les prix ont connu une augmentation très forte, en particulier sur les masques », révèle Xu Dayu. Une mobilisation à laquelle se joint le Secours populaire français (SPF), qui lance son propre appel au don.

©AALOCF
© AALOCF

Les premiers envois ne se font pas attendre. Grâce à l’opération coordonnée par le SPF, 100 000 masques sont expédiés, rapidement suivis d’un second lot de 50 000 masques et 6 000 combinaisons. « Nous avons travaillé avec le fret entre la France et la Chine, et à travers l’Ambassade de Chine, ce qui nous a permis d’acheminer les colis via des compagnies aériennes chinoises pour équiper le personnel médical de l’hôpital central de Wenzhou et de l’hôpital populaire de Rui’an [dans la province du Zhejiang, à l’Est de la Chine, NDLR], qui ont été très touchés par le virus », expose Abdelsem Ghazi, secrétaire général du SPF de Paris. L’AALOCF, de son côté, fait parvenir 3 375 combinaisons début février via une compagnie aérienne chinoise assurant la liaison jusqu’à Wenzhou.

Un geste politique

Le 18 février, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue chinois, le Président de la République manifeste à son tour le soutien de la France. Un geste d’amitié qui n’est pas sans rappeler la visite officielle en Chine en 2003 de Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre, en pleine épidémie du SRAS : « Tous les autres dirigeants avaient annulé leur voyage vers la Chine. Les Chinois s’en souviennent encore », confirme le député LREM Buon Tan, président du groupe d’amitié France-Chine à l’Assemblée, qui a coordonné les envois vers la Chine avec le Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, en lien étroit avec l’ambassade de France à Pékin et le consulat général de France à Wuhan, resté ouvert malgré la crise.

« C’était le pic de l’épidémie, les besoins en matériel médical étaient importants. Nous avons décidé d’affréter un avion spécial  » 

Le député souligne les liens étroits qui unissent l’Hexagone à celle qu’on appelle parfois « la plus française des villes chinoises ». De nombreuses entreprises hexagonales (PSA, L’Oréal, Total, Air France…) y sont implantées et sa communauté d’expatriés français compte entre 500 et 1 000 individus selon l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn.

17 tonnes d’équipements

Financée par l’État français, avec le soutien de l’Union européenne et des contributions du groupe LVMH et de la société civile, l’opération s’avère plus épineuse que prévu. L’aéroport de Wuhan ferme le 23 janvier. La France offre alors la possibilité à ses ressortissants d’être évacués sur des vols spéciaux. « Nous devions envoyer des masques par le premier vol de rapatriement qui partait en Chine [le 29 janvier, NDRL], mais cela nous a pris plus de temps que prévu pour obtenir les masques et faire les papiers, rapporte Buon Tan. Nous avons finalement pu effectuer notre premier envoi deux jours plus tard avec le deuxième vol de rapatriement. »

La situation se corse lorsque le troisième vol de rapatriement est annulé, faute de personnes à évacuer. « À ce moment-là, c’était le pic de l’épidémie, les besoins en matériel médical étaient importants. Nous avons décidé d’affréter un avion spécial », poursuit-il. Le 19 février, dix-sept tonnes de combinaisons médicales de protection, des masques, des gants et des produits désinfectants – dont une partie récoltée par les associations, parmi lesquelles l’association des Alumni de l'Université de Wuhan et l’AALOCF – sont chargées à bord d’un Airbus A 380 qui s’envolera directement pour Wuhan.

« Les vagues de la même mer »

Depuis, la pandémie s’est emballée en Europe et essoufflée en Chine. Les envois ont donc naturellement ralenti. « Nous devions affréter un autre avion le 12 mars, que nous avons finalement annulé parce que les autorités chinoises ont annoncé qu’elles n’étaient plus dans le besoin », nous indiquait le député début mars. La décision a été prise deux jours avant qu’Emmanuel Macron annonce, le 4 mars — alors que la France comptait 257 personnes infectées et quatre décès —, qu’il réquisitionnait tous les masques de protection jusqu’au 31 mai pour les distribuer aux professionnels de santé et aux Français atteints par le coronavirus.

Cet esprit d’entraide universel et sans frontière est bien résumé par la société chinoise d’électronique Xiaomi, lorsqu’elle a fait parvenir, début mars, quelques dizaines de milliers de masques à l’Italie, citant une phrase de Sénèque : « Nous sommes des vagues de la même mer, des feuilles du même arbre, des fleurs du même jardin ».

Image à la Une : Envoi de matériel médical du Secours Populaire Français ©SPF75


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