La face cachée du travail des "Filipinas"

magazine numéro 13 numero 9

Employées dans les beaux quartiers de l’Ouest parisien, les travailleuses domestiques philippines ont quitté pays et enfants pour une meilleure rémunération. Sur leur chemin, elles sont souvent confrontées aux infractions au droit du travail, aux abus et à la précarité. Rencontre avec ces femmes, déterminées et indépendantes, surnommées « Filipinas ».

Accessible par un ascenseur de service, la chambre numéro seize où réside Anne Lingat se situe au septième étage d’un immeuble chic de Neuilly-sur-Seine (92). Un petit ventilateur posé au sol tente de faire circuler l’air chaud emmagasiné dans la dizaine de mètres carrés. Exceptés une grande collection de mugs et quelques magnets collés sur le frigo, l’espace semble ne contenir que l’essentiel. Cette Philippine de quarantesix ans occupe pourtant les lieux depuis 2011. « Mes employeurs habitent juste en-dessous, explique-t-elle enjouée et dynamique. Ils me louent la chambre trois cents euros par mois. » Comme la plupart des « Filipinas », Anne Lingat est venue en France pour pouvoir payer la scolarité de ses enfants. « J'ai cinq filles. Quand elles ont commencé à avoir l’âge d’entrer à l’université, j’ai pris la décision de partir pour financer leurs études. » Tous les ans, environ deux millions et demi de Philippins, soit 2 % de la population de l’archipel, partent travailler à l’étranger ou renouvellent leur contrat, selon les chiffres du ministère français de l’Économie. Beaucoup sont des femmes qui se destinent à devenir travailleuses domestiques. À Paris, elles sont employées dans les beaux quartiers comme femmes de ménage ou nourrices. « Je travaille vingt-cinq heures par semaine pour garder le fils de mes employeurs. Je vais le chercher à l’école, je lui prépare à manger, je l’amène à ses activités... À côté de ça, j’ai plusieurs autres contrats à temps partiel », rapporte Anne Lingat, dont les cernes marqués ne parviennent pas à altérer la grâce de son visage. Avec des journées qui commencent à huit heures et ne s’achèvent généralement pas avant dix-neuf heures trente, l’expatriée touche environ deux mille euros par mois. Une fois son loyer et ses courses payés, elle envoie le reste de ses revenus à sa famille.

Article intégral à retrouver dans notre numéro 13, septembre-octobre 2019. 


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