Saké : ivre, il se modernise

Pétillant, fabriqué en France ou en collaboration avec de grands chefs français, le saké japonais aurait-il perdu de son authenticité pour séduire un marché hexagonal en pleine croissance ? Retour sur l’ascension d’une boisson encore victime de préjugés et sur sa modernisation... pour plaire au palais français ?
[Texte : Julie Hamaïde]

Qu’on se le dise, les acteurs du saké en France (et surtout à Paris) sont nombreux, presque tout autant que leurs consommateurs. Salon du saké, Maison du saké, Atelier du saké, bars à saké, importateurs et formateurs sont au coude-à-coude pour remporter un marché en pleine croissance. Mais pourquoi tant de concurrence dans un secteur encore confidentiel ? Tout d'abord, par amour du Japon. Parmi l'ensemble de nos intervenants, tous s’y sont rendus plusieurs fois et ne cachent pas leur attrait pour le pays du Soleil levant où la plupart ont dégusté leur premier verre de saké.

En bons Français, ils avaient alors évidement en tête le cliché encore très répandu (à tort) d’un alcool de riz fort, plutôt servi en digestif, alors que le saké tire autour de 15 degrés. Non, cette boisson ne se boit pas  dans de mini-tasses avec une femme nue dans le fond mais avant, pendant ou après un repas, et parfois même dans des verres à vins.

Ensuite, il y a également le coup de pouce des préfectures et du gouvernement japonais qui souhaitent redorer l’image de ce breuvage iconique. Grâce au ministère de l’Agriculture ou au JETRO (Organisation japonaise du commerce extérieur), des budgets importants sont mis à disposition pour promouvoir et faire découvrir le saké sur notre territoire. Jean Béguin, fondateur d’Umami, importateur de produits japonais, confirme : « Depuis trois ans, on voit un gros effort de la part du gouvernement japonais. Il y a énormément d’événements, de financements octroyés pour le promouvoir ». À la Maison du saké, en plein coeur de la capitale, des préfectures japonaises se bousculent pour présenter — une fois tous les deux mois avant la pandémie — leurs produits et se vanter de fournir le meilleur saké de l’archipel nippon. Youlin Ly, fondateur de cet établissement, rapporte le même engagement des préfectures et s’interroge également sur leur (non) coordination. « Le consommateur peut être un peu perdu. » Quoi qu’il en soit, l’accent est mis sur l’export pour faire rayonner le produit en dehors des frontières japonaises.

Cet article est à lire en version intégrale dans Koï #24, disponible en ligne ou en kiosque.

 


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