Comment Huawei a été évincé de la 5G en France

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En pleine tourmente dans l’Hexagone après la rupture de contrat du footballeur Antoine Griezmann, Huawei qui était numéro mondial des fournisseurs de la 5G s’est retrouvé en quelques mois éliminé de la course de la nouvelle génération des standards pour la téléphonie mobile à la suite de nombreuses accusations. Le déploiement de la 5G en France se fera sans l’équipementier chinois. Récit d’un « cafouillage ».

[Texte : Léa Berrod]

Huawei interdit aux États-Unis

L’arrivée de la 5G dans le monde est une nouvelle source de conflit dans la guerre commerciale et technologique entre Washington et Pékin. La CIA, le service de renseignement américain, soupçonne en effet Huawei d’être financé par le gouvernement chinois et de servir de cheval de Troie grâce à ses réseaux et Smartphones. Le fabricant chinois fait l’objet de nombreuses accusations aux États-Unis : être une société d’État, développer des outils de surveillance électronique, représenter une menace pour la sécurité nationale du pays… Pour lutter contre ce que l’ancien président Donald Trump a qualifié de « danger » lors d’un évènement presse, il a pris la décision de bannir Huawei de l’administration américaine et des réseaux 5G.

Les États-Unis mettent désormais la pression sur les pays européens qui n’ont pas encore lancé la 5G pour écarter le géant chinois du marché des télécoms.

À cette fin, un décret interdisant les entreprises américaines de collaborer avec « un fournisseur étranger jugé à risque » a été signé en mai 2019. Dans un communiqué publié sur le site du ministère chinois des Affaires étrangères, le ministre Wang Li a déclaré que l’attaque américaine contre Huawei était « typique du harcèlement économique ». Cette guerre froide qui oppose les deux puissances dépasse les frontières. Les États-Unis mettent désormais la pression sur les pays européens qui n’ont pas encore lancé la 5G pour écarter le géant chinois du marché des télécoms.

[Photo : James Yarema - Unsplah]

Mise en place du décret « anti-Huawei » en France

La mise en garde du gouvernement américain a entraîné de la méfiance à l’égard de Huawei de certaines nations européennes. Par exemple, le Royaume-Uni et la Suède ont exclu de manière définitive le géant chinois des réseaux 5G. Cependant, en France mais aussi en Allemagne, Huawei n’a pas été banni mais seulement limité. En ayant pour objectif de lutter contre l’espionnage électronique étranger, bien qu’aucune preuve n’ait été apportée, l’État français a restreint implicitement le déploiement de la 5G à l’équipementier chinois par le biais d’un décret d’application signé en décembre 2019 avec pour objet un « régime d’autorisation préalable de l’exploitation des équipements de réseaux radioélectriques ». Cela signifie qu’avant de pouvoir utiliser un équipement réseau, les opérateurs télécoms doivent demander l’accord de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi).

Le décret, plus connu sous le nom de loi « anti-Huawei », est un véritable frein dans la course à la 5G

Cette dernière se voit le droit de refuser l’utilisation d’un équipement considéré comme un « risque sérieux » en France. Le nom de Huawei n’est jamais cité mais fortement sous-entendu. « Les opérateurs qui n'utilisent pas Huawei, nous les incitons à ne pas y aller car c'est un peu le sens naturel des choses… Nous ne sommes pas dans du Huawei bashing, ni dans du racisme anti-Chinois », déclare pourtant le directeur général de l’Anssi Guillaume Poupard dans un entretien aux Échos. Pour les opérateurs SFR et Bouygues Telecom, équipés depuis plus de dix ans par le fournisseur chinois, le décret, plus connu sous le nom de loi « anti-Huawei », est un véritable frein dans la course à la 5G. L’un comme l’autre ont pour ordre de démonter des milliers de leurs antennes provenant de l’entreprise chinoise d’ici 2028. Ce démantèlement progressif a un coût : 1,1 milliards d’euros pour SFR et 900 millions d’euros du côté de Bouygues Telecom selon les directeurs généraux Alain Weill (SFR) et Martin Bouygues (Bouygues Telecom). Face à cela, les opérateurs attendent une réponse du Conseil constitutionnel en février 2021 afin d’obtenir une indemnisation de la part de l’État français.

« Cela fait dix-sept ans que nous sommes en France et nous y sommes pour longtemps encore »

[Photo : Dmitry Rodionov - Unsplash]

Huawei contre-attaque face au boycott national

Après la mise en place du décret « anti-Huawei » en France, la Chine a lancé un appel au gouvernement français en juillet 2020 pour garantir un environnement « équitable et non discriminatoire » à ses entreprises. De ce fait, l’Anssi a fait savoir qu’elle limiterait les autorisations d’exploitation des équipements du fabricant chinois à huit ans maximum. Pour préserver ses positions en Europe dans le temps, Huawei investit dans l’Hexagone, « un pays stratégique » d’après le président du groupe, Liang Hua. Les dépenses du géant des télécoms vont doubler dans les quatre prochaines années, jusqu’à 4 milliards d’euros. « Cela fait dix-sept ans que nous sommes en France et nous y sommes pour longtemps encore », a déclaré la responsable des affaires publiques de Huawei en France, Linda Han aux Échos. Le fabricant prévoit d’investir 200 millions d’euros pour la première phase de sa nouvelle stratégie : l’ouverture d’une usine de production d’équipements radios pour la 4G et la 5G en France. Cette première implantation hors Chine qui a pour objectif de produire des équipements à destination du marché européen. Selon l’équipementier chinois, le site devrait générer 500 emplois directs et une production d’environ 1 milliard d’euros par an. Ce projet illustre une transparence de la part du groupe : « Les équipements produits sur ce site seront conçus, fabriqués et testés à la fois selon les règles de cybersécurité établies par Huawei et les standards français en vigueur », assure Liang Hua lors d’une conférence de presse.


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