Vrai ou faux : Au lit avec les Asiatiques... 2/2

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Dans notre numéro 17
Petit pénis, docilité, passivité, perversité... les stéréotypes imposés aux Asiatiques lorsque l’on parle de sexe ne manquent pas. Tour d’horizon de ces étiquettes qui collent à la peau. 

Les femmes asiatiques sont dociles

« Pour la femme asiatique, l'amour doit être vrai et quand elles aiment l'amour est vraiment très fort. Elles furent élevées dans la tradition asiatique, la femme s'occupe de son foyer telle une fée ! Mais attention la jalousie est ancrée dans leur caractère et elles sont assez pudiques. » Des Hitchs spécialistes de la « femme asiatique » comme rencasia.com pullulent sur Internet et tous racontent à peu près la même chose sur elle : douce, coquine, soumise, timide. Une véritable prouesse d’avoir caractérisé en toute sobriété deux milliards d’individus qui vivent des bords de la Mer Rouge jusqu’au détroit de Béring. Selon Marya Schechtman, professeur de philosophie et membre du laboratoire Integrative neuroscience à l’Université de l’Illinois à Chicago, ce que nous sommes tient plus à l’histoire que nous nous racontons sur nous-mêmes et les autres, sur la compréhension que nous en tirons, que sur des traits de personnalité prédéterminés. Alors pourquoi ces caractères collent à la peau des Asiatiques ?
Ces images peuvent remonter aux récits des voyageurs européens qui ont alimenté l’imaginaire des sociétés occidentales. Estampes japonaises, littératures érotiques, mœurs libérées. Soit autant d’exemples qui ont marqué les Européens habitués au puritanisme chrétien et qui découvrent des sociétés moins pudibondes. Cet imaginaire a non seulement persisté, il a été alimenté par les processus coloniaux : dans la littérature, « les femmes indigènes sont là disponibles, offertes, toujours dociles, parfois provocantes. Les colonies apparaissent comme une sorte d’Éden sexuel », lit-on dans l’ouvrage La Femme au temps des colonies (Stock), d’Yvonne Knibiehler et Régine Goutalier. Surtout, il a fini par englober des populations entières sous des caractéristiques communes.
Signe d'une globalisation, d'après les statistiques du site pornographique Pornhub, sur les dix termes les plus recherchés en 2019, quatre ont un lien avec l'Asie. « Japanese » caracole même en tête de ce classement, qu’il faut néanmoins relativiser avec une explosion de la fréquentation du site au Japon. La percée la plus impressionnante nous vient cependant des États-Unis, où « asian » fait un bond de quatorze places pour se positionner au pied du podium, juste derrière « ebony », et devant « latina », deux autres termes à référence ethnique.

 

Les hommes gays sont passifs dans le couple

« Le plus gros cliché, c’est le Blanc en tenue militaire qui vient sodomiser un Vietcong », cite Bryan Sauvadet, chercheur universitaire sur l’étude des images et des genres en Asie et dans le Bouddhisme, à l’Université de Paris. Tout y est : l’Asiatique passif, dominé à la fois sexuellement et militairement. Un imaginaire devenu norme sexuelle largement alimenté par l’industrie américaine du porno gay. Pendant longtemps, les productions américaines avaient même le monopole sur ce créneau. Mais tout n’est pas de la faute des Américains. L’Asiatique imberbe aurait germé dans l’imaginaire occidental par la découverte de films pornographiques japonais des années 1970, où pour la première fois apparaissaient des verges épilées, quand à la même époque, le porno européen ne boudait pas les sexes touffus. Une castration involontaire du mâle asiatique par le porno japonais en quelque sorte.
Cette stigmatisation peut aussi s’expliquer par l’obsession du pénétrant/pénétré véhiculée par la pornographie professionnelle. Mais celle-ci semble désormais challengée. Bryan Sauvadet parle d’une nouvelle ère du « post-porn » où les boîtes de production sont mises en concurrence par des amateurs qui se mettent en scène sans les stéréotypes du porno de studio, tel que l’acteur américain d’origine vietnamienne Damian Dragon.

 

Pas de sexe dans la religion

Pas vraiment. Si le confucianisme reconnaît le sexe comme un besoin naturel tout en l’encourageant dans un but reproductif, les autres religions de l’Asie orientale ont toutes une vision peu regardante voire favorable sur les plaisirs charnels. 
Chez les adaptes de la « Voie », le tao, l’union sexuelle est considérée comme la copie parfaite des principes de l’univers, régi par le yin yang. Selon le chercheur Li Xiaofan, de l’Institut des études religieuses de l’Université de Sichuan, « La différence fondamentale entre le taoïsme et les religions judéo-chrétiennes est la place des deux sexes. Chez les judéo-chrétiens, la femme porte le péché originel. Dans le taoïsme, les deux sexes permettent d’équilibrer l’univers ». Ge Hong, médecin taoïste du IIIe siècle écrit même dans un traité que l’acte sexuel  est un moyen d’éloigner des maladies et de gagner en longévité. Afin de développer l’énergie, des rites de passage sous forme d’orgies étaient ainsi organisés.
Au Japon aussi, dans la philosophie shinto, le rapport sexuel et la communion de deux êtres (ou plus) ne sont absolument pas tabous. Les célèbres estampes (shunga), produites entre le XVIe et le XIXe siècle, permettent de graver ces parties de jambes en l’air dans l’éternité. 
Côté bouddhisme, les plaisirs charnels sont très bien tolérés, tant qu’ils restent respectueux et bien intentionnés. Quant au tantrisme, né il y a 1 500 ans, il prône l’exploration des sens pour parvenir à l’éveil total. L’acte sexuel est ainsi considéré comme une manière de trouver l’harmonie. Approche sympa pour un premier rencart : « Ça te dit de trouver l’équilibre de l’univers avec moi ? »

Texte : Weilian Zhu
Remerciements : Grace Ly, Collectif Sesame F, Alain Froment 


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