Stop Asian Hate : un mouvement transatlantique

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Cat Shieh est coordinatrice de la formation anti-haine auprès de l’association Asian Americans Advancing Justice à Chicago. Elle forme les témoins d’attaques racistes à intervenir en cas de nécessité. Une fonction inconnue en France mais néanmoins essentielle. Rencontre.
[Texte : Julie Hamaïde - Photo : © FlickR - GoToVan]

Au mois de mars, six femmes d’origines asiatiques ont été tuées lors d’une fusillade — qui a fait en tout huit victimes — dans trois salons de massage à Atlanta. Selon les autorités locales, le suspect qui a « des problèmes d’addiction sexuelle potentielle » aurait présenté ces salons de massage comme « une tentation pour lui qu’il souhaitait éliminer ». Une tuerie qui s’inscrit dans la longue liste des atteintes aux personnes d’origines asiatiques vivant aux États-Unis. Depuis le début de la pandémie, les attaques se sont multipliées. Si le président Joe Biden a apporté son soutien — « les Américains d’origine asiatique sont inquiets et, au cours de l’année écoulée, se sont réveillés chaque matin avec le sentiment que leur sécurité et celle de leurs proches étaient en jeu » —, les propos de son prédécesseur Donald Trump, ayant évoqué à plusieurs reprises un « virus chinois », ont encouragé les amalgames.

Lancée en mars 2020 pour recenser les agressions, violences, cas de discriminations ou de harcèlement envers les diasporas asiatiques et les insulaires du Pacifique (AAPI), l’association Stop AAPI Hate a enregistré 3 795 incidents en un an et révèle que les femmes en ont relaté deux fois plus que les hommes. Aux États-Unis, selon un rapport publié par AAPI Data en 2019, 76 % des Asiatiques se disent avoir été victimes de discriminations (le même pourcentage que celui de la population noire). Si l’attention est aujourd’hui portée sur ces communautés, les discriminations dont elles sont victimes sont inscrites dans l’histoire du pays.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre rôle en tant que formatrice au sein d’Asian Americans Advancing Justice (AAAJ) ?

Je travaille dans l’un des bureaux affiliés à AAAJ à Chicago. Le rôle de l’organisation est de militer pour les droits civiques des Asio-Américains* à travers une variété d’enjeux politiques tels que la responsabilité de la police, le droit de vote et l’accès linguistique. Chacun de nos bureaux — il y a en a cinq aux États-Unis — est spécialisé dans un besoin particulier de la communauté asio-américaine. Celui de Chicago travaille spécifiquement sur l’organisation citoyenne. J’organise des formations pour apprendre à réagir au harcèlement de rue en tant que témoin. Comment les passants peuvent-ils intervenir et désamorcer la situation ? Mon poste a été créé en réponse au sentiment anti-Asiatiques que l’on observe depuis la pandémie.

Ce qui est unique dans le vécu des Asio-Américains est l’invisibilisation des enjeux qui nous touchent

Quelles sont les racines du racisme anti-Asiatiques aux États-Unis, qui a une histoire différente de celui que l’on observe en France ?

La réponse à cette question est plurielle : il n’y a jamais qu’une seule racine à un arbre. Il y a toujours eu un sentiment anti-Asiatiques aux États-Unis. Ce n’est pas forcément quelque chose d’unique ou de spécifique à ce pays. Dès les années 1870, nous avons eu des lois interdisant aux Asiatiques de se rendre aux États- Unis et cela n’a pas changé de manière significative avant 1965 [année qui a vu l’abolition du système de quotas d’immigration, NDLR]. Mais le sentiment anti-Asiatiques ne se réduit pas aux questions d’immigration. Certaines personnes ont été accusées à tort d’espionnage par exemple. Les coupables d’attaques envers des personnes d'origines asiatiques n’ont pas été punis. Sans compter les problèmes liés au manque de logements, la ségrégation et la pauvreté. Nous avons toujours observé une certaine négligence à l’égard des enjeux touchant les Asio-Américains. Et ce n’est pas spécifique à l’expérience des communautés asiatiques : la communauté latino-américaine, les membres des Premières Nations ou encore la communauté noire et afro-américaine le vivent aussi. Ce qui est unique dans le vécu des Asio-Américains est l’invisibilisation des enjeux qui nous touchent et le manque de discussions sur notre histoire, comme le fait que nous avons été les premiers à être bannis des États-Unis.

*Par souci de clarté, nous avons traduit le terme anglais « Asian Americans », englobant les Américains d’origines asiatiques et les Asiatiques vivant aux États-Unis.

Cet article est à lire en version intégrale dans Koï #22, disponible en ligne ou en kiosque.

 


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