Port du masque : aussitôt adopté, aussitôt abandonné ?

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Coutumier en Asie depuis le début du XXe siècle, le masque a été adopté par les Français en quelques semaines dans le cadre de la lutte contre la Covid-19. Sous le nez, le menton, en tissus, dans la poche… Il agace encore beaucoup d’entre nous, bien décidés à s’en passer dès l’apparition du vaccin. Quel avenir pour l’accessoire le plus tendance de 2020 ?
[Texte : Léa Berrod - Photo : Fran Boloni/Unsplash]

 


[Photo : Victor He/Unsplash]

Une habitude en Asie

Le port du masque date de l’épidémie de peste mandchoue de 1910 en Chine lorsqu'un médecin malaisien d’origine chinoise, Wu Lien-Teh, a essayé d’endiguer l’épidémie qui avait déjà fait 60 000 morts grâce à des « masques anti-peste » en gaze et en coton absorbant. Près de cent ans plus tard, dans les autres pays de l’Asie de l’Est (Japon, Corée du Sud, Vietnam…), le masque a été normalisé à la suite d’un syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) survenu en 2003.

Au Japon, son utilisation est très courante, notamment au printemps pour prévenir les allergies aux pollens et en hiver pour se protéger soi-même et préserver les autres en cas de maladie.

Outre le fait que la raison principale de son adoption soit la réduction de la circulation d’un virus, il est devenu aujourd’hui un accessoire quotidien et le port en public un geste acquis en Asie. Au Japon, son utilisation est très courante, notamment au printemps pour prévenir les allergies aux pollens et en hiver pour se protéger soi-même et préserver les autres en cas de maladie. En Corée du Sud, il représente un accessoire médical mais aussi esthétique: « Une femme pouvait en mettre un pour couvrir son visage sans maquillage en allant faire des courses, ou une star de la K-Pop pouvait en mettre un pour éviter d’être repérée par ses fans dans un aéroport », a raconté l’étudiante Jamie Cho dans un entretien au HuffingtonPost sur son enfance en Corée du Sud. Dans les grandes villes chinoises mais aussi vietnamiennes, le port du masque est un moyen de se protéger de la pollution de l’air. Dans une interview pour Brut, le professeur Mitsutoshi Horii de l’Université Shumei (Japon) est revenu sur cet usage aux États-Unis à cause de la grippe espagnole en 1918: « On demandait aux personnes saines de l’Ouest de porter des masques, mais cette pratique a disparu rapidement. Les masques ne sont restés que dans un contexte médical ».

Une nécessité partout dans le monde

En juillet 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reçu une lettre de la part de 239 scientifiques issus de 32 pays différents au sujet de la transmission dans l’air du coronavirus. Selon leurs constatations, les contaminations ont lieu par le biais de projection de gouttelettes respiratoires et d’aérosols entre les personnes. D’après l’Institution national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), l’utilisation du masque est un geste barrière qui permet de réduire la propagation. Par conséquent, le gouvernement français a annoncé le port du masque obligatoire « dans les lieux publics, en entreprise, ainsi qu’en extérieur » à partir du mois d’août 2020. À l’étranger, ce moyen de protection est obligatoire ou fortement recommandé dans certaines circonstances. Cette nouvelle recommandation mondiale a déclenché une production massive : environ 100 millions d’unités sont produites en France par semaine depuis décembre 2020 d’après la ministre de l’Économie et des Finances Agnès Pannier-Runacher, invitée sur France Inter et France Info soit un chiffre d’affaires de plus de 300 millions d’euros dans la grande distribution suivant le communiqué du spécialiste des études de marché Nielsen.


[Photo : Mika Baumeister/Unsplash]

« L’Asie, précurseur dans ce domaine sera bientôt imitée, si ce n’est pas déjà le cas. » 

Cependant, la Chine reste le grand gagnant avec une production journalière de 100 millions de masques soit 34 milliards d’euros selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC). « Le port du masque est destiné à durer et cela deviendra plus fréquent pour d’autres raisons comme la grippe hivernale et la pollution présente toute l’année. L’Asie, précurseur dans ce domaine sera bientôt imitée, si ce n’est pas déjà le cas. Nous existons depuis cinq ans et aujourd’hui le monde nous découvre avec plaisir. La protection ne doit pas être une contrainte et nos masques confortables et design le prouvent tous les jours ! » confie l’assistant commercial Samuel Blanco du « Mask français ».

Un avenir incertain

Le masque est-il voué à disparaître en France ? Le Premier Ministre Jean Castex a annoncé en décembre 2020 l’arrivée du vaccin Pfizer contre la Covid-19. Cette nouvelle a suscité de nombreuses interrogations sur la fin du port du masque, véritable symbole de l’épidémie dans l’Hexagone. Pour beaucoup, la vaccination est synonyme d’un retour à la vie normale.

Certains Français attendent avec impatience la fin de cette pratique.

Néanmoins, le ministre de la Santé Olivier Véran a expliqué lors d’une conférence de presse que « le vaccin représente un formidable espoir mais ne changera pas fondamentalement le cours de l’épidémie. Oui, on va garder le masque, oui, on va garder les gestes barrières et ce, pendant plusieurs mois ». Certains Français attendent avec impatience la fin de cette pratique. « Je n’en porterai plus car je pense que le lavage fréquent des mains est plus important que l’utilisation du masque », déclare Dominique Diard, une ancienne infirmière de 61 ans. « Nous sommes dans un pays latin donc très tactiles, le port du masque ne fait pas partie de notre culture », rajoute Fanny Ducotey, 28 ans. À l’inverse, de nombreuses personnes ont adopté cet accessoire dans leur quotidien. « Je continuerai à le porter lorsque je serais malade. C’est une bonne protection pour moi mais aussi pour les autres », explique Juliette Garnier, 84 ans. « Je garderai toujours un masque dans ma poche, s’il y a trop de monde dans les transports en commun par exemple. C’est une habitude que j’aimerais bien garder », annonce Thomas Minet, 20 ans.


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