Leina Sato, Kee-Yoon Kim... Portraits de femmes engagées

Elles ont créé leur entreprise, leur chaîne Youtube, leur équipe, leur spectacle, leur avenir. Féministes, écologistes, progressistes, chacune d’entre elles porte un engagement qui lui est propre. Portraits de femmes engagées, un peu, beaucoup, à la folie.
[Textes : Pauline Le Gall et Marie Nahmias. Photos : Sophie Palmier] 

Leina Sato, apnéiste et ambassadrice de la cause des cétacés 

Parcours : D’un naturel troublant et d’une sérénité à toute épreuve, Leina Sato passe son enfance à parcourir le monde. Née à Tokyo, elle s’installe à Paris à l’âge d’un an. Au collège, l’adolescente traverse une importante dépression : «  Je n’extériorisais pas mes émotions et tout a fi ni par exploser  ». Quand sa mère lui propose de venir vivre avec elle à Hawaï, c’est l’occasion d’un «  renouveau  ». Sur l’archipel, la jeune fille se rapproche d’une communauté d’apnéistes et découvre les joies de l’océan. Sous l’eau, face aux dauphins et aux baleines, plus besoin de «  porter de masque  », de faire semblant. La relation qu’elle noue avec les cétacés devient indéfectible. Si Leina Sato s’imagine à l’époque faire un long parcours universitaire en biologie, elle quitte finalement la fac au bout de quelques semaines pour suivre son intuition et rester au contact de l’eau.

Engagements : La plongeuse est convaincue qu’il existe une communication inter-espèces. Elle aimerait que ces échanges entre cétacés et humains soient mieux connus. En 2007, elle fonde une société d’écotourisme avec laquelle elle emmène de petits groupes rencontrer la faune marine, mais l’essor des embarcations touristiques à Hawaï la pousse à arrêter. «  Toute cette activité perturbait les dauphins, explique-t-elle. Je ne voulais plus y prendre part.  » Leina Sato multiplie désormais les conférences et les projets artistiques. Enceinte, elle part célébrer sa grossesse avec les peuples marins. Les interactions qu’elle vit, à la fois intimes et surprenantes, ont fait l’objet d’un livre et d’un documentaire.

RÉSOLUTIONS 2019 : DÉVELOPPER «  SLOWNESS  », UN PROJET ARTISTIQUE ET SCIENTIFIQUE SUR LES RENCONTRES ENTRE PLONGEURS ET CÉTACÉS ET SENSIBILISER LES ISLANDAIS CONTRE LA PÊCHE DES BALEINES.
 

Kee-Yoon Kim, humoriste, autrice et comédienne

Parcours : Née à Berlin dans les années 1980, Kee-Yoon Kim s'installe très tôt en France avec ses parents. Elle nourrit d'abord des rêves de scène, à force de voir sa mère cantatrice chanter devant des foules, mais s’avoue «  nulle en violon  ». Elle troque donc les paillettes pour de longues études et devient avocate, profession éminemment prestigieuse aux yeux de sa famille coréenne. Un double déclic la force pourtant à retrouver ses rêves d'enfant. D'abord, le concours d'éloquence du barreau de Paris, pendant lequel elle découvre le plaisir de faire rire l'audience. Ensuite, la mort d'une de ses proches amies qui la force à réaliser que la vie est courte. Elle plaque tout et monte son premier stand-up Jaune Bonbon, qui cartonne auprès de la presse et du public, avant d'enchaîner en 2018 avec Tropique du Panda. En parallèle, l'humoriste planche sur un scénario de long métrage et sur des rôles sur petit et grand écran.

Engagement : «  Quand t'as une fille en Corée, c'est comme tomber sur la boule noire dans Motus  », nous raconte Kee-Yoon Kim. Le féminisme est lié à son histoire personnelle, elle qui a toujours entendu sa mère dire qu'elle aurait préféré avoir un garçon. Un thème qu'elle développe dans son deuxième spectacle. «  Après Jaune Bonbon, on m'a demandé si j'étais féministe, explique-t-elle. Pour moi c'était une évidence. Qui trouverait cela normal que l'on discrimine la moitié de la population ?  » Dans son deuxième spectacle, elle parle notamment de consentement et de l'affaire Weinstein. Elle a même une chanson adressée aux gens qui pensent que les femmes sont moins drôles que les hommes, nommée tout simplement Les gros cons.
RÉSOLUTIONS 2019 : KEE- YOON KIM HÉSITE MAIS ADMET QU’ELLE DEVRAIT BOIRE MOINS ET FAIRE PLUS DE SPORT. «  AVEC L'ÂGE ÇA DEVIENT DE PLUS EN PLUS URGENT !  »

Clemity Jane, vidéaste YouTube

Parcours : Avec sa voix douce et posée et le large sourire qui ne la quitte jamais, Clémence Chung Gofman n'a, de premier abord, rien de la célèbre Calamity Jane à qui elle a emprunté le pseudo. Née en 1992 de grands-parents vietnamiens et cantonais, elle passe une enfance tranquille dans la région de Grenoble. Fille unique, elle lie une relation fusionnelle avec sa mère, psychothérapeute spécialisée dans l'adolescence. Clémence Chung Gofman suit des études de philosophie, mais est davantage intéressée par sa chaîne Youtube qu'elle lance en 2015 et qui connaît un succès fulgurant. Avec un humour mordant et une bonne humeur communicative, elle y teste des sextoys et y parle librement de sexualité. Pour elle, son travail répond à un manque sur Youtube. «  Il y avait beaucoup de contenus centrés sur la prévention mais peu de choses sur le plaisir féminin  », raconte-t-elle. Rapidement, elle se fait une place sur la toile et ses vidéos sont regardées par de nombreuses jeunes adolescentes qui la voient comme «  une grande sœur ou une bonne copine  ». Sa chaîne compte aujourd'hui 94 000 abonnés.

Engagement : Pour Clémence Chung Gofman, Youtube est une plateforme formidable pour faire passer ses valeurs de tolérance, d'acceptation de soi et des autres. «  Youtube et Twitter m'ont vraiment aidée à ouvrir les yeux sur le féminisme, le véganisme et toutes les luttes contre les discriminations et les oppressions.  » Dans ses vidéos, elle laisse volontiers la parole à d'autres personnes pour traiter des sujets comme la transidentité et le handicap. «  J'ai envie de changer le monde et d'en faire quelque chose qui me convient mieux  », nous explique Clémence Chung Gofman. Pour elle, Youtube est une manière de faire passer des messages aux nouvelles générations. Avec humour et légèreté.

RÉSOLUTIONS 2019 : ÊTRE ENCORE MOINS LANGUE DE BOIS ET PARLER VRAIMENT DES SUJETS QUI FÂCHENT !

Sarina Lavagne d’Ortigue, entrepreneuse et fondatrice de Prescription Lab

Parcours : Débordante d’énergie, Sarina Lavagne d’Ortigue se passionne très jeune pour la mode et la beauté. D’origine cambodgienne et laotienne, elle naît en Côte d’Ivoire et grandit à Paris. Après un master en école de commerce, elle se lance dans une carrière en marketing. Sur son CV, beaucoup de grands noms : Louis Vuitton, L’Oréal, Etam, My Little Paris, Dior... Au beau milieu de ce parcours chargé, elle décide toutefois de reprendre ses études. «  Je me sentais parfois frustrée, c’était compliqué de faire aboutir des idées nouvelles. Cette parenthèse étudiante m’a permis de cultiver la notion d’avant-garde  », détaille-t-elle. En 2016, alors qu’elle est enceinte, des investisseurs lui proposent de monter un projet beauté. La quadra, sur tous les fronts, accepte et crée Prescription Lab. Le concept regroupe une marque, une box beauté et un magazine.

Engagement : Pour Sarina Lavagne d’Ortigue, la beauté est affaire de bien-être, de diversité et de plaisir. Avec Prescription Lab, elle s’écarte des diktats et standards stéréotypés. L’idée est «  qu’être belle, c’est avant tout se plaire à soi-même. Peu importe son âge ou sa morphologie  ». La startuppeuse s’engage également à fournir «  une gamme la plus naturelle possible  ». Comme en cuisine, «  si les ingrédients de base sont bons, la recette n’a pas besoin d’être sophistiquée  », sourit-elle. La marque a ainsi récemment élaboré un exfoliant à base de marc de café recyclé et collecté auprès des cafetiers parisiens. Dans une démarche qu’elle souhaite «  intelligente  », la fondatrice donne ses invendus à une association.
RÉSOLUTIONS 2019 : ALLÉGER LE PACKAGING DE LA BOX POUR MOINS DE DÉCHETS, LANCER UNE CAMPAGNE AVEC DES MANNEQUINS «  GRANDE TAILLE  »  ET POURQUOI PAS, CONQUÉRIR LE MARCHÉ OUTRE-MANCHE.

Kat Borlongan, directrice de la Mission French Tech et co-fondatrice de Five by Five

Parcours : Grâce à son «  approche holistique de la vie  », Kat Borlongan se dessine un «  parcours atypique  ». Née à Manille, elle grandit aux Philippines puis au Japon, où elle poursuit sa scolarité. À dix-neuf ans, alors qu’elle ne parle pas français, elle s’installe dans l’Hexagone. Après avoir fait sienne la langue de Molière, elle intègre Sciences Po. «  Dans ma promo, j’étais l’unique étrangère  », se souvient-elle. Également diplômée de l’université canadienne McGill, la jeune femme ne s’est jamais cantonnée à un domaine. D’abord directrice du bureau de Reporters sans frontières à Montréal, elle devient consultante marketing pour Google. Passionnée par l’ouverture des données, elle conseille pendant deux ans le gouvernement français sur le sujet et dirige The Open Data Institute. En 2013, elle fonde Five by Five, une agence qui accompagne les entreprises dans leur processus d’innovation. Sa faculté à jongler entre différents univers professionnels séduit le gouvernement, qui la nomme en mai dernier directrice de la Mission French Tech.

Engagement : Sensible à l’inclusion et à la diversité, Kat Borlongan souhaite, aux commandes de la Mission French Tech, donner une place centrale à ces deux enjeux. «  Les gens doués ne doivent pas se heurter à des barrières sociales.  » Cela passe par une responsabilisation des start-ups, «  pour qu’en plus de faire fonctionner l’économie, elles soient actrices des changements de société  ». «  Notre écosystème doit aussi davantage attirer les talents non-francophones, sinon ils iront ailleurs  », prévient-elle. L’engagement de Kat Borlongan se traduit, par ailleurs, sur le terrain. Quand le typhon Haiyan touche les Philippines, elle coordonne bénévolement un groupe de 500 volontaires.

RÉSOLUTIONS 2019 : SIMPLIFIER LE FRENCH TECH VISA POUR QUE LES TALENTS ÉTRANGERS S’INSTALLENT PLUS FACILEMENT EN FRANCE.

Cet article a été publié dans Koï #9, disponible en ligne.

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