Covid-19 : les Asiatiques de France étaient-ils mieux préparés ?

Par Pandou Media

Depuis la mi-janvier, les personnes d’origines asiatiques en France sont à l’affût d’informations concernant le Covid-19. Non seulement parce que certains proches vivent en Asie et ont été exposés au risque dès le début de l’année, mais aussi car une vague de racisme anti-asiatique les a touchés de plein fouet. Certains ont pris leurs précautions bien avant les recommandations du gouvernement. Récit.
[Illustration : Atlas Studio/Shutterstock] 

Moqueries sur les réseaux sociaux, méfiance dans les transports en commun, agressions dans les écoles, les Asiatiques de France ont subi une mise à l’écart drastique lors de l’apparition médiatique du Covid-19 en Chine. Une situation irrationnelle qui s’est parfois accompagnée de l’inquiétude de leurs proches, basés en Asie, qui voyaient le virus respiratoire se répandre.

« La première fois que j’ai commencé à vraiment me renseigner, se rappelle Didier Soulivan, commerçant français d’origine chinoise travaillant dans l’import-export, c’était la semaine du 10 janvier. Je me souviens avoir dit à mes collaborateurs de regarder tout ce qui sortait sur le sujet. À l’époque, le coronavirus prenait déjà de l’ampleur en Chine. Les hôpitaux de Wuhan ont demandé à tous les pays de les aider. C’est comme ça que j’ai commencé à suivre cette histoire. Nous avons fait partie des gens qui se sont mobilisés très tôt dans la chaine d’approvisionnement d’équipements de protection. L’ambassade de Chine à Paris s’est rapprochée de nous dans ce but. Et c’était bien la première fois que je voyais des messages d’appels aux dons venir de Chine ! »

« J’ai vite compris que la situation n’était pas prise au sérieux depuis l’Europe. »

Didier Soulivan, en contact permanent avec des proches ou des clients en Chine reçoit sur WeChat (application, entre autres, de messagerie instantanée chinoise) des dizaines de messages dans ce sens. De même pour Yan Shuai, un musicien chinois vivant en France, qui a vu sur l’application les premiers messages de Li Wenliang — un ophtalmologue de l’hôpital central de Wuhan qui a lancé l’alerte dès le 30 décembre, mort du Covid-19 à 33 ans, le 7 février. « Je me suis inquiété très tôt, car je ne pouvais pas envisager que ce virus allait s’arrêter aux frontières de la Chine, raconte-t-il aujourd’hui. J’ai vite compris que la situation n’était pas prise au sérieux depuis l’Europe. »

 

Anticiper la crise

Dès la fin du mois de janvier, Yan Shuai cherche à se procurer des masques dans les pharmacies de Poitiers où il habite. « Il était déjà impossible d’en trouver. »

Stéphanie Théa a quant à elle d’abord été alertée par ses parents, vivant en France également. « J’ai eu des recommandations très fréquentes et alarmistes dès janvier, de la part de ma sœur qui vit à Shanghai et de mes parents qui regardent la télé chinoise. Ils ont vu le phénomène et ont flippé bien avant que ça n’arrive en France ».

Elle ne voit pas la menace et avoue même que cette peur l’agaçait un peu. « Constatant mon immobilisme, mi-février, mes parents sont venus chez moi, avec mon frère. Chacun portrait plusieurs sacs remplis de provisions, le plus important pour eux était de ne jamais manquer de nourriture. » Légumes, viande à congeler, pâtes, riz, conserves mais aussi masques, bouteilles d’eau et baume du tigre font partie du colis. « Ils m’ont dit de ne pas prendre le métro, de ne pas sortir, de ne pas avoir de contacts rapprochés avec les gens, de porter un masque… jusqu’à l’annonce du stade 3. »

« Psychologiquement, les Asiatiques de France sont mieux préparés »

Didier Soulivan avait anticipé cela : « Deux semaines avant le confinement, nous sentions déjà le truc venir et nous avions fait quelques réserves. Nous avons distribué des masques et des gants, du gel hydroalcoolique à nos collaborateurs il y a un mois déjà pour qu’ils n’attrapent rien dans le métro. Le virus était installé mais les consignes n’étaient alors pas aussi importantes de la part du gouvernement. » Mi-février, seule une douzaine de cas avait été diagnostiquée sur le territoire français.

Provisions réalisées par une famille franco-chinoise le jeudi 12 mars, juste avant le premier discours du Président.

 

Une question d’attitude

Selon Didier Soulivan, « psychologiquement, les Asiatiques de France sont mieux préparés ». Il aimerait désormais quitter le territoire pour Hong Kong, où la situation semble sous contrôle, après avoir fait venir ses beaux-parents de Chine au beau milieu de la crise. « Aujourd’hui, je le regrette. » Pour Yan Shuai et sa famille, la question ne s’est même pas posée, tant les aéroports et les avions sont des « zones à risques » selon lui.

Les deux hommes s’accordent sur une chose : les Français sont trop désinvoltes et manquent de solidarité. « Si un pays avec une population aussi énorme que la Chine voit le bout du tunnel, c’est aussi grâce au sens de la responsabilité et du collectif de chaque individu », explique le musicien.

Stéphanie Théa analyse de son côté l’attitude de ses parents qui ont fui le régime des khmers rouges au Cambodge : « Il y a une différence de comportement très nette entre des personnes qui ont déjà vécu la guerre et les autres… En cas d’effondrement réel, je mise sur mes parents pour survivre, mais aussi pour me sauver avec. »


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