Bertrand Uzeel : « J’ai dit à mon agent que je ne ferais aucun rôle d’Asiatique »

cinéma interview numéro 23

À l’occasion du festival de Cannes, rencontre avec un jeune comédien qui débarque dans le cinéma français, entre envie de tout casser et réalité qui le rattrape. Il nous parle sans complexes ni pincettes.
[Texte : Julie Hamaïde  – Photos : Laurence Revol]

Si Bertrand Uzeel était un animal, il serait forcément un chat aux multiples vies. Né en Indonésie, il est adopté à quatre mois par une famille française «  bourgeoise  », comme il le dit, et se passionne pour le piano. Il entre au conservatoire et rêve de se produire tout autour du monde. Finalement, le conservatoire ne le retient pas et il se lance alors dans la production musicale, débutant sa troisième vie. En 2014, avec son meilleur ami Jérémy Clédat, une quatrième vie s’ouvre à lui avec la création de Welcome to the jungle, guide de l’emploi et média en ligne sur le travail. Entre levées de fonds et installation de bureaux à l’étranger, le groupe s’étend et devient un incontournable de la start-up nation. Mais au-delà de son rôle d’entrepreneur, c’est bien celui de scénariste et de comédien qui rattrape le trentenaire. Dans sa cinquième vie, Bertrand Uzeel se présente comme comédien, baskets roses vernies aux pieds et casquette vissée sur la tête. L’occasion de discuter avec lui de ses reconversions, de son regard de «  petit nouveau  » sur la représentation des Asiatiques dans le cinéma français et de ses retrouvailles chaotiques avec l’Indonésie. 

Les cinémas ont rouvert après une longue période de fermeture. Y a-t-il un film que vous souhaitiez voir absolument ?

The Father — de l’écrivain et réalisateur Florian Zeller. Je suis assez fan des Français qui arrivent à percer aux ÉtatsUnis, d’autant plus lorsqu’il s’agit de projets aussi qualitatifs que celui-là. Il y a aussi le dernier film avec Tahar Rahim — Désigné coupable du Britannique Kevin Macdonald. En vrai, j’ai envie d’aller voir aussi de gros blockbusters, du bruit, du son, en prendre plein les mirettes, parce que je ne me suis tapé que des séries, des films d’auteurs pendant tout le confinement. Là j’ai envie d’un Star Wars !

Comment vous est venue cette envie d’être comédien ?

Plus jeune, j’ai fait le conservatoire et un jour j’ai dû choisir entre le piano et le théâtre. Au-delà du fait que ma mère n’était pas très pour le théâtre, j’ai choisi le piano. Et je pense que ça a créé une certaine frustration chez moi. 

Quel a été ensuite le déclic ?

Je pense que j’ai toujours préféré écrire plutôt que jouer. J’ai sorti mes premières capsules vidéo «  Bertrand recrute  » pour Welcome to the jungle où mon plaisir était dans l’écriture et finalement j’ai été à l’écran. Bon an mal an, j’ai mis le doigt dedans, j’ai écrit plein de trucs et l’idée d’un seul en scène est arrivée. J’avais envie d’embrasser ce métier de comédien et j’ai eu l’idée de « Profession comédien » où je racontais ma vie de manière un peu humoristique et satirique, en série.

D’où est arrivée cette idée de série, diffusée sur Instagram, avec des épisodes de deux minutes qui vous mettent en scène, vous et un invité connu à qui vous demandez conseil ?
Je pense que « Bertrand recrute » m’a beaucoup aidé à comprendre cet univers. Finalement, ce n’était pas si compliqué de créer un format sympa et qualitatif. J’en avais marre de voir des stories de plein de gens sur Instagram dont on ne se souvient plus deux jours après. J’ai voulu créer une marque. L’idée est celle d’un mec qui se lance sur le tard, qui ne connaît personne, qui veut faire un seul en scène. Un gars plutôt naïf, candide. La série a été repérée par la télé et nous serons sur TMC en quotidien à partir de la rentrée.

Cet article est à lire en version intégrale dans Koï #23, disponible en ligne ou en kiosque.


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