Être « asiatique » dans les gènes

asiatique decryptage Numéro 19

Forme des yeux et du nez, chevelure, stature, carnation : qu’est-ce qui donne « l’air asiatique » ? D’où viennent ces traits partagés par des milliards d’individus en Asie ? Petite leçon de morphologie et de génétique.
[Texte : Sophie Kloetzli. Illustrations : Christelle Pécout]

Yeux

Bridés, en amande, de chat... Les yeux asiatiques ont beaucoup de surnoms, mais quelles sont vraiment leurs spécificités ? Commençons par employer les mots justes : les scientifiques parlent plutôt de pli épicanthique, ou épicanthus, désignant le repli vertical de la peau qui part du coin interne de l’oeil. C’est pourquoi les individus qui en sont dotés ont généralement une paupière unique, à l’inverse des Occidentaux qui ont une double paupière.

Son origine génétique fait encore débat parmi les généticiens. Première hypothèse souvent avancée : l’adaptation au climat à la fin de l’ère glaciaire, il y a environ 20 000 ans. Ce pli, qui s’accompagne d’une petite masse de graisse au niveau de la paupière, aurait permis de protéger les yeux des lointains ancêtres des Asiatiques de l’Est et du Sud-Est du vent et du froid glacial de Sibérie orientale, ainsi que de la forte réverbération du soleil sur la neige. Il serait ensuite resté chez leurs descendants qui ont plus tard migré vers des régions plus tempérées. « Ce qui me fait douter de son rôle protecteur pour le froid, c’est qu’il existe tout autant en Asie tropicale, objecte Alain Froment, spécialiste de l’évolution de l’humain moderne. Et aussi chez les KhoiSan », en Afrique australe. Selon lui, cette forme d’oeil, apparue à la faveur d’une mutation génétique, aurait tout simplement été jugée plus séduisante, augmentant les chances de reproduction de ceux qui le portaient.

Malgré la prédominance de ce trait — plus ou moins prononcé selon les individus — en Asie centrale, de l’Est et du Sud-Est, on le trouve aussi ailleurs dans le monde. Dans certains pays africains donc, mais aussi chez les Amérindiens et les Inuits, et à des fréquences beaucoup plus faibles en Europe du Nord, à l’instar de la chanteuse islandaise Björk.

Cet article est à lire en version intégrale dans Koï #19, disponible en ligne ou en kiosque du 5 novembre au 5 janvier.


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